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Jean Rigaud (1924-2005) était helléniste de formation et de goût -- d'une part.
De l'autre, intrigué par la pérennité sans faille de l'Astrologie, il en étudia les principes.
Il fut d'abord amené à un rapprochement entre les deux disciplines par la lecture de la Géographie sacrée du Monde Grec de Jean RICHER (Professeur à la Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence), préfacée par François Salviat (également Professeur en ce même lieu) et publiée par Hachette en 1966 dans la « Bibliothèque des Guides Bleus » sans aucune mention de la qualification des auteurs. Aucun arrière-plan universitaire (ailleurs que dans les notes en fin de volume) ne situe donc cette publication si soignée et si documentée. C'est que, malgré son indéniable puissance de vie, l'Astrologie ne jouit que de très peu de crédit auprès de l'Université, si peu que rien, peut-être en raison de l'amalgame qui règne dans beaucoup d'esprits entre les horoscopes qui prétendent (sans aucun fondement) prédire l'avenir et les recherches des penseurs s'interrogeant sur les correspondances entre macrocosme et microcosme. En dépit de la présence récurrente de cette dernière forme d'Astrologie dans les Lettres et les Arts à travers les millénaires, l'Université dans ses cursus fait autant l'impasse sur ce domaine que celle opérée par le XXème siècle laïque sur les allusions bibliques dans nombre d'œuvres. Richer suggère pourtant que « tous les grands poèmes cycliques de l'antiquité : Gilgamesh, Iliade, Odyssée, Argonautiques, Enéide... reposent sur un fonds de croyances astrales qui influent sur la conception des personnages et sur de nombreux épisodes et qui, en outre, déterminent leur structure même. » (p. 230).
Si Rigaud n'invoque jamais cet ouvrage dans son étude, c'est que Richer n'a pas pris en compte les Voyages dans le cadre de son livre, tout en précisant, en fin de volume, que « l'enquête continue. »
Pas davantage ne sera-t-il fait référence à diverses publications qui, chacune, placent la totalité de l'Odyssée sous le signe du Verseau, à moins que ce ne soit celui des Gémeaux, ou un autre, sans examen approfondi ni preuves à l'appui. Pas davantage non plus à celles qui décèlent des similitudes ponctuelles et partielles avec des mythes astrologiques védiques ou autres, ce qui, dans certains cas, n'a d'ailleurs rien d'outrancier. Rigaud ne les discute pas pour la simple raison que son propos vise à restituer la cohérence globale des voyages d'Ulysse du point de vue de la cohérence intégrale de la roue zodiacale.
Il élabore d'abord une Introduction serrée où il envisage le cycle entier des Voyages et propose déjà un fondement convaincant à la coïncidence générale, et en même temps étape par étape, du périple d'Ulysse avec le parcours, signe par signe, de la roue zodiacale. Puis il examine en détail, en analysant de très près le texte grec qu'il cite abondamment, les rapprochements qui s'imposent entre le déroulement de chaque épisode et les caractéristiques du signe zodiacal.
Jean Rigaud a malheureusement été interrompu dans son travail ; aussi ne pouvons nous présenter la démonstration que pour les cinq premières stations des Voyages. Mais, pour user des termes de Richer, l’enquête doit continuer. Nous en laissons le soin à un helléniste chevronné, également astrologue rigoureux, qui ne manquera pas de reprendre le flambeau.
N.K.
Victor BERARD, dans son Introduction à l'Odyssée 1, rapporte en détail les bouleversements subis par le texte homérique dans la succession des différentes scènes, au cours des derniers vingt-huit siècles, et indique pourquoi il adopte le procédé du double retour en arrière dans l'édition que nous avons entre les mains actuellement : le Récit chez Alkinoos y débute abruptement par l'évocation du séjour d'Ulysse chez Calypso, et il est suivi de celle de sa traversée et de son arrivée chez les Phéaciens. C'est alors seulement que le héros entame l'histoire de ses tribulations et de celles de ses compagnons en remontant à son départ de Troie. Il l'interrompt après la catastrophe des Bœufs du Soleil en rappelant à Alkinoos qu'il a déjà raconté la veille le séjour chez Calypso. Ce jeu temporel est, de surcroît, augmenté de complications spatiales, plusieurs passages situés chez les Olympiens ou aux Enfers étant intercalés dans l'exposition des faits et gestes d'Ulysse.
Le lecteur n'est donc pas incité à percevoir dès l'abord l'enchaînement rigoureusement astrologique de la chronologie depuis Ilion jusqu'à la Schérie d'où Alkinoos le fera ramener, chargé de cadeaux, à son Ithaque natale. Mon propos n'étant pas éditorial, je me borne à reconstituer un récit qui, s'il était rendu linéaire par un éditeur du poème, présenterait une continuité qui se trouve correspondre pas à pas à celle de la roue zodiacale 2.
Avant d'examiner chaque épisode des voyages d'Ulysse pour le rattacher à un signe du zodiaque, il convient de prendre en compte l'économie générale du cycle d'aventures qui forme un corpus bien distinct à l'intérieur de l'Odyssée. En effet les rapprochements qui se pourront effectuer dans le détail ne sauraient être convaincants si l'organisation d'ensemble n'était pas la réplique rigoureuse de l'organisation zodiacale.
Il est intéressant que les épisodes impliquant des changements radicaux de situation soient au nombre de douze 3. Indiquons donc dès l'abord les correspondances que le déroulement chronologique des Voyages permet d'établir, en notant que le cycle zodiacal est caractérisé par la succession de deux séries récurrentes :
1. Trois Quaternaires : Feu Terre Air Eau
2. Six alternances : Masculin Féminin
| 1. Kikones | Bélier |
7. Sirènes | Balance |
| 2. Lotophages | Taureau |
8. Charybde-Skylla | Scorpion |
| 3. Cyclope | Gémeaux |
9. Bœufs du Soleil | Sagittaire |
| 4. Eole | Cancer |
10. Calypso. | Capricorne |
| 5.Lestrygons | Lion |
11. Retour calme | Verseau |
| 6. Circé | Vierge |
12. Naufrage | Poissons |
1. Nous constatons immédiatement, si nous suivons l'ordre reconstitué d'après le récit d'Ulysse, la présence de quatre triplicités :
Les trois signes de Feu correspondent à des épisodes de violences guerrières et de massacres dont les résultats observent un ordre croissant :
On peut noter également que les premier et troisième épisodes se terminent par / ou sont suivis de / vents et tempêtes qu'Ulysse attribue à Zeus (analogiques de la violence guerrière qui s'en trouve surdéterminée).
Contrastant avec cette violence, les trois signes de Terre insistent sur la durée et la richesse terrienne :
La triplicité d'Air va poser quelques problèmes auxquels nous pouvions nous attendre, étant donné le caractère élusif de cet élément.
La triplicité d'Eau offre à nouveau des rapports moins délicats à établir.
On notera ici aussi l'existence d'un crescendo : l'élément aquatique s'est fait de plus en plus redoutable : assez débonnaire chez Éole, il prend déjà des allures inquiétantes quoique relativement distantes chez Charybde, pour devenir submergeant dans la longue bataille du nageur solitaire avant qu'il ne gagne le rivage des Phéaciens.
Ici encore une scène de massacre hors signe de feu, chez Skylla, pourrait donner l'impression d'un manque de coïncidence parfaite entre le texte et l'analogie zodiacale. Ce serait ne pas tenir compte d'une caractéristique essentielle de l'astrologie qui, par la prise en compte des aspects, rend complexe et nuancée une structure au premier abord très rigide. Outre que Skylla n'enlève que quelques hommes, laissant Ulysse forcer victorieusement la passe, le signe du Scorpion, effectivement aquatique, est par ailleurs fortement maléficié ; il n'était pas possible à Homère 5 de permettre à Ulysse de le traverser sans danger ni pertes.
2. En fonction de l'alternance masculin/féminin dans la succession zodiacale, le Bélier est masculin, le Taureau féminin, etc. Or, dans les Voyages d'Ulysse, nous nous apercevons que les épisodes correspondant aux signes féminins sont tous caractérisés par un enveloppement subreptice, qui peut être redoutable ou pacifique, se manifestant toujours d'une façon assez indéfinie et multiforme.
A l'inverse, les signes masculins sont marqués par des êtres ou des actes bien déterminés, souvent hostiles mais dont les attitudes sont toujours immédiatement dénuées d'ambiguïté.
Dans les signes masculins il est possible de combattre ; s'il faut parfois fuir, les raisons en sont stratégiques.
Les signes féminins par contre traquent les Grecs dans des situations irrésistibles 6. On peut en échapper par vigilance préventive ou par une aide providentielle, on ne peut pas engager de combat. Aussi Circé traite-t-elle Ulysse de fou lorsqu'il envisage de combattre Skylla (XII, 115-120). Et il ne sera sauvé des maléfices de la magicienne elle-même que grâce au Μωλυ, la plante magique donnée par Hermès (X, 300 sqq.). La magie seule peut venir à bout de la magie -- ou mieux, l'intervention d'un dieu, tel Zeus ordonnant à Calypso, par l'entremise d'Hermès, de libérer Ulysse. De même dans l'épisode final, c'est le voile magique, donné par Ino émergeant des profondeurs marines pour proclamer l'incapacité de Poséidon à achever le héros, qui sauvera celui-ci de l'absorption mortelle 7. Dans ce cas encore la magie est au service des dieux, puisque Zeus avait décrété (V, 31) qu'Ulysse devait rentrer chez lui.
l'eau qui achève le cycle des Voyages est la métaphore qui résume tous les signes féminins. Ils peuvent être redoutables, bienfaisants, ou – trait plus caractéristique encore – redoutables et bienfaisants:
Les Lotophages sont des destructeurs de la personnalité, mais ils sont hospitaliers.
Eole, bienfaisant d'abord, renvoie Ulysse durement après sa faute.
Circé, magicienne dégradante, se mue en une amante pleine de prévenances.
Calypso garde Ulysse prisonnier, mais elle l'aime.
Dans l'épisode final de la lutte contre les flots, les deux aspects sont encore en présence : la haine de Poséidon, compensée par la compassion d'Ino.
Seuls Skylla et Charybde sont univoques, aussi à leur égard la seule victoire possible consiste-t-elle à passer au large avant de se faire arrêter.
ne présente ni difficultés ni subtilités masquées. C'est une scène de combat, qui plus est d'attaque et de pillage dont la ville d'Ismaros est victime. Les populations Kikones également sont belliqueuses, cavaliers aussi bien que fantassins. De plus les Kikones de l'intérieur arrivent plus denses qu'au printemps les feuilles et les fleurs (IX, 51) et cette implication saisonnière est encore bien en accord avec le symbolisme du Bélier. Mais là ne s'arrête pas l'épisode. Après avoir quitté le pays, les Grecs vont être la proie d'une série de tempêtes. Vraisemblance géographique sans doute -- bien que ce soit à la canicule que les vents étésiens sont les plus durs sur cette côte, celle-ci n'est cependant pas à l'abri des tempêtes d'équinoxe – mais aussi développement symbolique : le Bélier est tout entier d'élan incontrôlé, de violence brutale, et les tempêtes lui conviennent parfaitement. Comme lui conviennent, d'ailleurs, les sautes d'humeur des compagnons d'Ulysse qui passent d'un optimisme excessif, refusant de se replier après avoir pris la ville (IX, 43-44) à un abattement non moins excessif (IX, 75). Ce chagrin pour deux jours d'immobilisation est surprenant. Sans doute ces variations seront un trait de l'équipage que nous retrouverons tout au long du poème. Du moins sont-elles ici particulièrement marquées.
On pourrait même aller jusqu'à dire que s'ils peuvent repartir à l'aube du 3ème jour, c'est parce qu'ils entrent dans le troisième décan du Bélier. Mais il convient de se méfier du symbolisme arithmétique. Les décans étaient égyptiens. Il y a assurément des influences égyptiennes dans l'Odyssée 8 elles ne semblent pas essentielles. (Nous en retrouverons pourtant une assez curieuse à la fin des Voyages).
est plus incertain. Envisagé isolément, il serait insuffisant à prouver une coïncidence astrologique. Tout au plus peut on dire qu'il n'implique aucune contradiction dans la structure zodiacale d'ensemble. Au demeurant il pose d'autres problèmes. En dépit de sa coloration étrange qui aurait sans doute mérité un traitement détaillé, Homère l'esquisse à peine (IX, 85 – 104). Il se pourrait que ce fût une légende ou un mythe passablement mal connu, ou une valeur zodiacale qui n'avait guère la vogue à l'époque du rhapsode ; celui-ci l'aurait utilisé, soit parce qu'il lui fallait un épisode concordant avec le signe, soit, si l'on conteste son intention, disons : poussé par une inspiration non formulée.
Donc, ces Lotophages : d'abord ils ne semblent pas vivre sur une île (« ᾐπείρου βῆμεν » v.85) Le terme ne prouve rien, mais semble suggérer autre chose qu'une île. De plus ils se nourrissent d'un produit de la terre (« ἄνθινον εῖδαρ » v.84 & « καρπόν » v.94). La nuance florale n'est pas à négliger, le Taureau étant un signe printanier. Il est dans le symbolisme du signe que les Lotophages ne soient pas mangeurs de pain ni de viande mais de fruit. Les Lotophages sont doux, et grégaires. Aucune personnalité individualisée ne se détache de ce peuple confus. Ils opèrent par absorption et enracinement. Les compagnons qui ont mangé du lotus semblent trouver le repos 9 ils n'ont plus de problèmes, ne désirent plus le retour et pleurent d'être arrachés de force par Ulysse à cet état de béatitude (v. 95-96).
Remarquons au passage que le « κλαίοντας » du vers 98 ruine l'application directe au texte de l'assimilation au monde de l'Au–delà, bien que certains aient vu dans le pays des Lotophages un symbole du monde des Ombres et de leur fruit l'équivalent du Léthé. Depuis quand a-t-on vu un personnage homérique se plaindre de retrouver le monde des vivants ? L'au-delà est, le cas échéant dans le poème, présenté sous des couleurs peu enviables.
Tous ces éléments s'accordent bien avec le symbolisme du Taureau : grégarité, caractère terrestre, enracinement, tendance à la rumination béate, apathie, connotation printanière, absence de violence, du moins immédiate. Naturellement ce ne sont que les caractères du Taureau inférieur. Mais c'est précisément aux côtés destructeurs du signe qu'Ulysse doit échapper. Et cette nécessité de l'action vigoureuse pour arracher les compagnons à leurs penchants de ruminants convient tout à fait à l'attitude indispensable envers le Taureau en voie d'enlisement.
est d'une tout autre proportion et exige une étude très précise, d'autant plus qu'il va se révéler extrêmement complexe. Ce qui n'est pas surprenant pour un signe aussi insaisissable que celui des Gémeaux. Nous sommes ici confrontés à une élaboration littéraire très poussée, qui, si elle a assuré une popularité durable à ce conte, a sans doute profondément modifié la qualité mythique initiale. Aussi faut-il tenir compte de tout un luxe de détails destinés à "faire vrai", qui risqueraient d'égarer l'investigation – sans nous dissimuler qu'il est souvent hasardeux de déterminer ce qui doit être exclus.
La démarche la plus sure me paraît être de retrouver la structure essentielle de l'épisode, et, à partir de cette armature, de passer au détail.
D'abord une remarque générale : ce que la tradition a conservé de cette aventure – et, pour autant qu'elle n'est pas savante, elle est allée à l'essentiel, du moins l'essentiel apparent – c'est l'astuce d'Ulysse égarant le Cyclope, en particulier la mystification portant sur le nom de Personne. Ce centre de gravité de l'épisode suffirait déjà à lui donner la signature Gémeaux, signe intellectuel, d'intelligence vive et rapide, empreint d'une nuance de fourberie ; caractérisé en particulier par l'aptitude à la parole facilement trompeuse. Mais nous pouvons aller plus loin en considérant la valeur symbolique de la description.
Ulysse rappelle d'abord un attribut de la terre des Cyclopes qui habitent là où tout pousse : Ils ont dans les Immortels tant de confiance, qu'ils ne font de leurs mains ni plants ni labourage...(IX, 105 sqq.). De plus, pas d'organisation sociale ou religieuse hiérarchisée : Chez eux, pas d'assemblée qui juge ni délibère... (v.112). Mais ce ne sont pas des Barbares, puisqu'ils parlent grec. Dans sa caverne, chacun au haut de ses grands monts, dicte sa loi à ses enfants et épouses (« ἀλόχων », v.115) ; ce qui n'exclut pas les rapports d'entr'aide : lorsque Polyphème, après avoir été aveuglé, hurle de douleur, les autres cyclopes s'empressent d'accourir pour proposer leur aide. On s'est penché avec raison sur les étonnants rapports qui unissent ce passage à la description de l'Age d'Or dans Les Travaux et les Jours. C'est le même état d'abondance où vivent heureusement des hommes irresponsables. Remarquons cependant que Polyphème fait quelque peu figure d'exception par ses mœurs de célibataire. Dans cette catégorie de conte dont on connaît maint exemple, l'ogre peut fort bien être père de famille. Le choix de l'ogre célibataire répond sans doute à une intention ou une nécessité qui ne me semble pas d'ordre astrologique.
Toujours est-il qu'Ulysse ne tarit pas d'éloges sur cette terre. Sans doute l'industrieux Achéen déplore-t-il l'absence totale de technicité chez ce peuple qui ne construit même pas de navires (v.125 sq.). Cela ne l'empêche pourtant pas d'être fasciné au point de vouloir rester -- alors qu'il est généralement si prudent, lui qui avait voulu battre en retraite après le pillage d'Ismaros -- malgré les prières de ses compagnons qui, illustrant un autre trait qui appartient aux Gémeaux, se seraient contentés d'un traditionnel chapardage (v. 224-227). Et pourquoi ont-ils attendu le monstre ? Pour le voir et savoir les présents qu'il nous ferait (v.229). En somme il est contraint par une intense curiosité qui lui fait oublier les règles élémentaires de sécurité.
Polyphème revient, et aussitôt le cauchemar s'installe (v.236). Epouvantés, les Grecs s'enfuient au fond de la grotte ; et là se déroule l'épisode bien connu où Polyphème fracasse deux Achéens comme des petits chiens et les mange tout crus. Le lendemain, Ulysse ourdira un plan, enivrera puis aveuglera le Cyclope, et trouvera le moyen de s'échapper avec les autres survivants, en se cachant sous le ventre des béliers.
En d'autres termes, ulysse fait retour au pays d'enfance et d'adolescence (enfance de l'homme ou de l'humanité), à l'époque irresponsable et heureuse où tout venait sans qu'on ait à s'en occuper ni à être astreint à un travail. Sa fascination l'a poussé à vouloir entrer à nouveau dans cet âge d'Or, mais le paradis se transformera brutalement en un enfer dont il ne réussira à s'évader que par sa lucidité qui l'a empêché de tuer le Cyclope la première nuit et donc de se trouver enfermé avec ses compagnons dans la grotte close par un rocher trop énorme pour être déplacé. Toutes qualités qui ne sont plus d'enfance : il y a bien là une leçon et une philosophie : la tentation du retour en arrière est vaine ; l'homme, individuel ou social, est condamné à suivre une spirale ascendante, sinon il se fera dévorer par son passé 10.
Le schéma correspond à une forme d'initiation que symbolise bien le graphisme du signe, le portique d'Hermès (Π). La tradition astrologique admet d'ailleurs que ce signe est celui de l'effraction, de la naissance de l'individu qui rompt avec la nature indifférenciée, affirme son autonomie sur le chemin de la progression zodiacale. Au demeurant, par une voie fort différente, nous aboutirons à une conclusion assez voisine de celle de g. germain, qui, après une étude patiente et érudite de mythologie comparée, concluait de façon convaincante à la survivance d'un antique rituel d'initiation pastorale 11. Les symboles peuvent se lire à plusieurs niveaux.
Un autre point mérite d'être signalé : les Grecs attendent Polyphème, accumulant décidément les imprudences. Ils l'attendent à l'intérieur de la grotte sans même avoir disposé des guetteurs à l'entrée (v.231 sqq.). Il fallait qu'ils fussent curieusement dominés par une pulsion inconsciente pour agir de la sorte après dix ans de guerres de commandos. La terreur, de plus, les pousse ensuite dans le fond de la grotte, c'est-à-dire précisément là où ils n'auront plus aucune issue. Une jeune recrue aurait plus de bon sens. En fait, ils s'enfuient en arrière, en remontant le temps. Absorbés par le pays d'enfance, ils retraitent dans l'état antérieur lorsque celui où ils sont se révèle menaçant, dans le ventre maternel dont la grotte est le symbole constant. Cela n'empêchera d'ailleurs pas le regressus ad uterum d'avoir valeur initiatique. Peut-être était-il justement nécessaire dans le processus de libération des Gémeaux. En tout cas le fait demeure.
Ces remarques toutefois ne rendent pas compte d'un certain nombre de données de l'épisode. Poursuivons donc notre investigation. L'épisode est généralement senti comme une glorification de l'intelligence triomphant de la force brutale. Sans doute, mais il conviendrait de ne pas éxagerer la bêtise du cyclope. A plusieurs reprises il fait montre d'une agilité mentale non négligeable :
Tout cela témoigne d'un être rusé, capable de pensées cohérentes, et au besoin apte à improviser. Ce n'est pas tant la bêtise qui est odieuse, chez le Cyclope, que l'inhumanité. Ses facultés mentales sont tout entières au service de ses désirs immédiats. Les Cyclopes, nous a-t-il été dit dès l'abord, sont des brutes sans foi ni loi (qui ignorent les thémistes)
(« ὑπερϕιάλων ἀθεµίστων» v.106 ; « ἀθεμίστια ἤδη », v.189). Polyphème dans son orgueil se fait gloire de ne respecter ni les dieux, ni les étrangers (v.274). Dans ce territoire de l'âge d'Or il étale sa violence, et le mépris des dieux qui était celui de l'âge d'argent, tel qu'il est décrit par hesiode, : « Par leur folie ils souffraient mille peines. Ils ne savaient pas s'abstenir entre eux d'une folle démesure. Ils refusaient d'offrir un culte aux Immortels ou de sacrifier aux saints autels des Bienheureux. » 12. C'est ce type d'ϋβρις qui apparaît chez Polyphème.
Poussons la comparaison ; elle recèle de curieuses implications. Hésiode avait d'abord précisé : « L'enfant, pendant cent ans grandissait aux côtés de sa digne mère, l'âme toute présente dans sa maison. Et quand, croissant avec l'âge, il atteignait le terme qui marque l'entrée dans l'adolescence, il vivait peu de temps. (v.130 sqq.)» En somme ils ne dépassaient pas le stade de l'adolescence en dépit de leur force physique. On croirait lire l'analyse de Polyphème. Il a l'outrecuidance, la démesure et l'inclination à la satisfaction des penchants immédiats de l'adolescent qui n'a pas encore acquis pondération et maîtrise de soi. Preuve en est la façon dont il absorbe le vin que lui tend Ulysse : Trois fois je lui apporte l'outre, trois fois comme un fol
(« ἀφραδίη̣σιν ») il l'avale d'un trait (v.361).
Il est assez difficile de parler de cruauté à son propos, quoiqu'il fasse montre d'un humour noir assez déplaisant lorsqu'il promet à Ulysse, en échange de la connaissance de son nom, de lui faire un présent, présent qu'il dévoilera ensuite comme étant de le manger le dernier. Mais il ne se signale par nul goût de faire souffrir gratuitement. Sa férocité provient d'un égocentrisme que rien ne peut tempérer et de la fierté qu'il tire de sa force musculaire ; c'est pourquoi je ne saurais me rallier aux conclusions de Germain, qui voit en lui le successeur d'un initiateur archaïque (p. 86). Il serait surprenant qu'un initiateur, même oublié, ait été doté de tant de traits adolescents.
Je proposerai donc l'hypothèse suivante : dans ce lieu clos et indifférencié de la caverne, surpeuplé à l'extrême, va se produire la dissociation. Pour que l'homme émerge, il faut qu'il accède à la conscience, se divise, et vienne à bout de la partie instinctive de lui-même. Dans cette perspective polyphème serait le double d'ulysse. L'Ulysse brutal, paillard, orgueilleux, égoïste, rusé ; aspects que plusieurs passages de l'Iliade nous faisaient pressentir; et qui étaient encore perceptibles dans la manière dont il avait attaqué les Kikones sans nulle justification, par goût de la violence et du pillage ; et aussi dans cette fascination qu'exerce sur lui le peuple des Cyclopes. Passé les deux premiers risques, il lui faut venir provoquer son double pour triompher de ce troisième risque. En effet si l'atmosphère d'une nature aimable et généreuse rappelle le Taureau, la violence est celle du Bélier, mais les deux ne sont qu'éléments pour composer la synthèse propre aux Gémeaux.
Voyons de plus près. Ulysse, pour triompher du Cyclope, va se servir des armes de celui-ci, ce qui crée une troublante affinité entre les deux personnages. Or il n'était nullement nécessaire à Ulysse pour crever l'œil de s'emparer du tronc d'olivier brisé par le Cyclope qui voulait en faire un bâton. La première nuit Ulysse demande : Vais-je, au long de ma cuisse, tirer mon glaive à pointe, et, lui courant dessus, le lui planter au ventre, juste au point où le foie pend sous le diaphragme ? Ma main sûre saura tâter (v.300-302). Ce qui l'en dissuade n'est pas l'impossibilité de l'acte, c'est la crainte qu'ils ne restent prisonniers de la caverne. Une idée me retint. Enfermés avec lui nous péririons encore ; la mort était sur nous car l'énorme rocher dont le Cyclope avait bouché sa haute porte, jamais nos bras à nous n'auraient pu l'enlever (v. 303-306). Or quand il s'agit de s'attaquer à un œil dont la texture est beaucoup moins résistante que la peau du ventre, Ulysse ne songe même plus à son épée. Il y a là une étrange absurdité que le caractère spectaculaire de l'utilisation du pieu fait souvent oublier.
C'est que le héros devait, par nécessité interne, retourner contre l'ogre ses propres armes pour en venir réellement à bout. Il fallait que la force de l'un passât aux mains de l'autre. 13
Il faut aussi qu'Ulysse se retrouve en lieu clos face à l'ogre, face à celui qui ne veut pas grandir, face à cet aspect de lui-même qui participe aux ténèbres et à l'inconscience : le Cyclope est fils de Poséidon, dieu fortement connoté à la mer 14 avec tout ce qu'elle implique d'indifférenciation profonde 15.
Dans ce combat contre la part nocturne qu'Ulysse porte en lui, l'accent va être mis sur l'importance des facteurs lumineux :
Si l'astuce est éminemment mercurielle, les moyens employés seront lumineux 17.
Autre point à signaler : le caractère curieusement répétitif du comportement du Cyclope, trait qui appartient au symbolisme des Gémeaux. Tout le récit est rythmé par les gestes automatiques réitérés de Polyphème, soulignés par la récurrence du même vers : « αυ̉τὰρ ... ἔργα » (250, 310, 343) Même après son aveuglement il attendra l'aube comme de coutume pour ouvrir la porte à ses bêtes.
Plus encore, il est possible de distinguer une récurrence de la dualité dans cet épisode :
Il est vrai que certains motifs vont par trois – les rasades de vin, les béliers camouflant les compagnons à la sortie, mais leur nombre est infime au regard des occurrences du "deux", si important dans la symbolique des Gémeaux.
Enfin, il faut prévoir une objection : les Gémeaux sont un signe d'Air. Il est donc bien curieux de le loger dans une caverne ! Aussi Homère a-t-il pris soin de signaler à plusieurs reprises la localisation aérienne de cette grotte sur un sommet (vers 115, 117 & 400).
L'épisode est d'une extrême richesse symbolique ; moins développé que le précédent, il est peut-être plus dense du point de vue envisagé.
Il se divise nettement en deux parties:
La demeure d'Eole va nous fournir de nombreux renseignements.
D'abord, comme on pouvait s'y attendre, elle est maritime, le Cancer étant signe d'eau. L'île d'Eole est une île flottante (« πλωτῇ » X, 3), elle est à même de se déplacer. Donc, toute solide qu'elle soit, elle est intimement liée à l'élément marin qui la porte, au gré duquel elle se meut. Rien ne l'ancre, rien ne la rattache à la solidité durable de la terre.
Etant grosse de tous les possibles enfermés en elle, qui se dilateront plus tard, elle est encore au stade du germe, elle n'est pas stabilisée, et vogue sur les eaux de l'indifférencié. Aussi possède-t-elle toutes les caractéristiques qui conviennent au symbolisme de ce que représente traditionnellement l'embryon, le germe en voie de formation. Or, de nombreuses croyances attribuent à la lune une influence déterminante dans un début de grossesse 18 Cela confirme la coïncidence zodiacale, puisque l'astre se trouve être en domicile dans le signe du Cancer.
En outre, l'île est entièrement close sur elle-même : Une côte de bronze, infrangible muraille, l'encercle tout entière (v.34). Le bronze incarne à merveille cette idée de total effacement, d'intériorisation, et aussi de protection. Il faut s'arrêter sur le caractère lisse de la muraille et de la roche qui constituent les traits particuliers de cette géographie insulaire. Une substance dure et lisse évoque pour l'imagination une matière indestructible, une barrière contre l'extérieur. De plus, la lumière se réfléchit sur pareil matériau, qui n'offre pas plus de prise à la vue qu'au toucher, redoublant ainsi la notion de cloture, bien représentée par le graphisme du signe du Cancer (
), également appelé Crabe, animal marin à carapace.
En somme, elle présente les caractères d'une Arche. De plus, elle est « une roche polie, en pointe vers le ciel » (v.4). Cette précision évoque justement un des aspects de L'Arche, centre du monde. Dans plusieurs représentations graphiques médiévales l'arche est conique, signalant par là la présence de l'axe du monde sur laquelle elle se trouve. L'île d'Eole, centre du monde, a ainsi une valeur sacrée. Ne nous étonnons pas que ce centre soit flottant, "le centre est partout", il n'a pas une position géographique fixe. Il est liaison mystérieuse des différents plans de l'univers et peut se trouver en bien des endroits à la fois, comme l'a montré Eliade (pp. 320-24) L'Arche porte en elle des rapports entre notre monde et le monde supérieur. Où elle est, la liaison entre ces mondes s'opère.
Par ailleurs, si nous suivons c.-g. jung qui a voulu voir dans le symbolisme amphibie du Crabe le passage de l'inconscient au conscient, nous rencontrons une interprétation qui concorde avec ce que je propose : l'île émerge en effet de la mer à laquelle elle appartient, et c'est à son sommet que se tient Eole.
Cela nous permet de mieux comprendre pourquoi Eole est le maître des vents, « à son plaisir, il les excite ou les apaise » (v.22). Les vents sont la diffusion dans l'espace de ce centre où est Eole, apte à se dilater. C'est ainsi que Noé lâchera corbeau et colombe hors de l'Arche.
L'organisation de la famille d'Eole appartient également au symbolisme Lune/Crabe. Il serait aisé d'y reconnaître les douze mois de l'année, mais il convient de se méfier, encore une fois, du symbolisme arithmétique. Plus intéressant me paraît être le caractère extrêmement mythique de cette existence. Il a six fils et six filles, et « pour femmes à ses fils il a donné ses filles » (v.5 sqq). Nous reconnaissons bien là ce "dualisme qui est par excellence lunaire" dont parle Eliade (p.149) : cette vie, qui est répétition indéfinie, éternel retour du même, se divise nettement en jours occupés à banqueter, et nuits à dormir (v.10 sqq). C'est l'image d'un monde protégé, heureux, sans problèmes. Comme dans l'épisode du Cyclope, nous assistons ici à un retour a l'etat d'enfance.
Mais à la différence du précédent, Ulysse est bien accueilli, nul cauchemar ne s'ensuit. C'est que, cette fois, la réintégration a été plus profonde: Ulysse est revenu au tout début d'un cycle, au sens de l'Arche primordiale, d'où une nouvelle naissance est possible. Dans cette perspective nous comprenons mieux que ce soit Eole qui, entre tous, lui offre la possibilité de retourner dans sa terre, dans son centre à lui, le sein de la terre nourricière. Eole participe des mêmes valeurs qu'Ithaque ; disons mieux, l'île d'Eole est l'archétype d'Ithaque, et son souverain a donc puissance sur le retour à Ithaque.
La suite de l'histoire va confirmer cette première analyse. Eole garde Ulysse et ses compagnons pendant un mois. C'est le seul des épisodes où le temps est mesuré par ce terme. Et les rapports entre le mois (μη̣ν) et la "mesure" lunaire ne sont plus à établir (Cf. Eliade, p.139). Nous pouvons ajouter qu'il écorche un taureau de 9 ans (v.9), chiffre qui rappelle la durée de la gestation, liée au symbolisme de l'Arche, du germe, de la nouvelle naissance.
Mais surtout c'est dans une outre qu'Eole enferme les vents, et l'outre est un substitut clair du ventre, des entrailles qui sont traditionnellement rattachées à la Lune. Plus encore, il lie (v.23) ce sac avec une tresse d'argent, métal lunaire. Mircea Eliade a bien mis en lumière l'aspect magique et lieur de la Lune, apparents dans les divers mythes lunaires (p.159 sqq.). Eole n'est pas un souverain qui règne par la force, mais exerce un pouvoir d'ordre magique.
Nous sommes ainsi confrontés à un autre trait d'Eole qui le rattache nettement aux dieux du type varuna (l'un des membres de la trinité védique) dont Eliade dit qu'il est un dieu lieur, magicien, qui détient les pouvoirs de souveraineté (pp. 69 & 359). Il est aussi, et par là nous reconnaissons bien Eole en haut de l'Arche, un " deus otiosus ", passant sa vie à banqueter joyeusement, bienveillant mais loin des hommes. Certes, Eole n'est pas un dieu ; il est simplement cher aux dieux immortels (« φίλος ἀθανάτοισι θεοῖσι », v.2), il n'en a pas moins gardé les fonctions qui caractérisent ce dieu très archaïque. D'ailleurs il n'y a pas là contradiction avec le symbolisme du Crabe. Eliade a insisté sur l'évolution de Varuna et sur ses valeurs océaniques et lunaires. Qu'un être mythique dérive de Varuna, devienne le souverain de l'Arche, à la fois océanique et lunaire et centre du monde, reliant les divers niveaux de l'Univers, est un processus assez normal.
La deuxième partie de l'épisode nous fait assister au retour manqué d'Ulysse. Il navigue pendant neuf jours et neuf nuits (encore le chiffre 9, tellement lié à la naissance), et parvient si près d'Ithaque qu'il y distingue des feux et des hommes autour (v.30). Voilà une notation qui pourrait paraître curieuse si elle ne cadrait pas avec le symbolisme du signe. Nous pourrions voir dans la présence des feux, à la suite d'Eliade (p.140) un vestige de la mesure archaïque du temps par les fêtes nocturnes. Mais plus précisément dans ce cas particulier, l'arrivée d'Ulysse dans la nuit permet une allusion aux feux du Solstice d'été, puisque cette période coïncide avec le signe du Crabe.
Malheureusement, c'est à ce moment qu'Ulysse va s'endormir, et que ses gens vont ouvrir l'outre, en espérant y trouver des trésors.
La faute d'Ulysse est tout à fait typique : en effet, le regressus ad uterum tellement à son aise dans le signe du Cancer, consiste en un certain laisser-aller vers le bien-être, un excès de confiance, un engloutissement dans l'inconscience. C'est l'énergie qui lui fait défaut au dernier moment ; il n'est pas encore capable de rester un homme " éveillé ". D'ailleurs cette régression infantile va s'accentuer : v.51 il songe à fuir en se jetant dans la mer, v.60 il retourne auprès d'Eole pour lui demander pardon comme un enfant qui a commis une faute. Tout une attitude infantile de régression humaine se manifeste dans cette inconstance, et c'est en pleurant de lourds sanglots (« βαρέα στενάχοντα ») qu'il est lamentablement renvoyé par Eole (v.76).
Mais c'est à partir de ce moment que la stature d'Ulysse va grandir et qu'il va peu à peu devenir le héros authentique qui méritera de reconquérir son île. Ce tournant ressortit au même symbolisme bien décrit par Eliade, : « Une chose doit être retenue de toutes [l]es catastrophes assénées par la Lune – généralement causées par un affront fait à l'astre, ou par l'ignorance d'une interdiction rituelle, par impiété trahissant la déchéance spirituelle de l'humanité, son abandon des normes, sa non-observance des rythmes cosmiques [ici le sommeil d'Ulysse au moment de la célébration du solstice] – c'est le mythe de la régénération, de l'apparition d'un homme nouveau. » (p.144).
Ulysse et ses compagnons arrivent chez les Lestrygons après une traversée dont l'aède a pris soin de nous indiquer la durée : six jours (X, 80). Le chiffre mérite d'autant plus d'être examiné qu'il est rare ; il n'est invoqué, en fait, qu'en cas de malheur. Polyphème mange six compagnons, Skylla en enlève six autres (XII, 245-6). Sur l'île d'Hélios où ils ont commis le sacrilège, les compagnons d'Ulysse festoient pendant six jours (XII, 397) avant que la tempête ne les punisse définitivement. Il semblerait que ce soit un nombre particulièrement maléficié 19 qui annoncerait puis confirmerait la grande catastrophe subie chez les Lestrygons.
Nous ne saurions nous étonner de nous trouver en face d'un nombre inquiétant qui laisse présager des explosions de violence, si nous reconnaissons qu'Ulysse arrive dans le signe zodiacal particulièrement ravageur du Lion. Souvenons-nous, en effet, que pour les Anciens ce signe n'était pas lié aux vacances estivales, mais à la canicule brûlante et féroce.
Dès l'abord s'élève une difficulté considérable, à propos de laquelle la critique a dépensé beaucoup d'ingéniosité. Il s'agit des vers 83-86, où il est dit qu'un homme qui ne dormirait pas pourrait gagner double salaire, l'un à paître les bœufs, l'autre les blancs moutons. Ou plus exactement, et cette distinction a de l'importance, les moutons d'argent, « ἄργυφα μῆλα» car, ajoute Homère, les chemins du jour côtoient ceux de la nuit. L'interprétation astrologique peut, sans l'épuiser, donner une clé à cette énigme.
Rappelons-nous la note de berard: « Les Alexandrins coupèrent ici leur chant IX afin que le premier mot de leur chant X
(«Αἰολίην ») correspondît exactement au vieux titre de l'épisode "Eole et les Lestrygons". » (p.54, n.566). En d'autres termes, une tradition tenace, remontant sans doute aux origines du poème homérique, liait intimement ces deux épisodes qui, à première vue, ne sont pas attachés.
Mais si nous admettons que le premier est représentation du signe du Cancer, c'est-à-dire de la Nuit et de la Lune, et le second du signe du Lion, c'est à dire du Jour et du Soleil, les choses se font moins obscures. Aussi opposés que soient les mythes solaires et lunaires, ils sont pourtant chez les Hellènes indissolublement liés par la dialectique Artémis-Apollon ; les chemins du jour sont effectivement proches de ceux de la nuit 20.
D'autre part le choix des animaux n'est pas quelconque : bœufs, et moutons d'argent.
Les bœufs, solaires, nous les retrouverons dans l'épisode des Bœufs du Soleil, dans un signe de Feu également. Le Soleil ne sera plus Apollon mais Hélios, sans rapport avec Artémis, preuve d'un certain flottement à l'époque archaïque dans l'attribution solaire.
Quant aux moutons, ils sont expressément qualifiés d'argent (« ἄργυφα » v.85), métal essentiellement lunaire que nous avons déjà vu apparaître chez Eole et qui les dissocie du Bélier solaire rencontré chez le Cyclope -- encore que, apparaissant à la transition entre les deux étapes, ils puissent jouir d'une double connotation : la précision "lunaire" serait déjà affectée d'une lueur solaire.
Qui plus est, notons qu'il est normal que ce soient ces deux animaux qui soient asservis aux deux signes : Le Mouton est certes l'animal du signe du Bélier ; mais il suffit de regarder la roue zodiacale pour constater que ce signe est en Quadrature (aspect d'hostilité) avec celui qui abrite Eole, le Cancer. Et que le signe du Taureau (c'est-à-dire du Bœuf) est en quadrature avec celui du Lion. Le Mouton comme le Bœuf risquent donc d'être mis à mal s'ils se promènent dans les signes qui leur sont hostiles ; il est ainsi extrêmement fréquent de voir l'iconographie grecque présenter des lions égorgeant des bœufs.
Le passage énigmatique envisagé (v.83-86) serait donc simplement – du point de vue qui nous occupe – une façon occulte de rappeler qu'Ulysse, tout en opérant le franchissement d'un signe à un autre, se meut cependant entre deux signes indissolublement liés 21.
Cette interprétation aurait l'intérêt d'éclairer certaines informations offertes par le texte, dont la seule valeur serait, sans cela, anecdotique : les trois hommes envoyés par Ulysse rencontrent d'abord une jeune fille puisant de l'eau à la Source de l'Ours, la claire fontaine où la ville s'abreuve. Celle-ci ne leur montre aucune hostilité et leur indique les hauts toits du palais de son père, le roi Antiphatès (v.105 sqq.).
Curieuse entrée en matière, tout de même, que cette atmosphère d'une paix toute rurale pour plonger ensuite dans un repaire de géants cannibales; d'autant plus que la mère de la jeune fille va se montrer d'une férocité égale à celle des mâles, au contraire de sa fille.
Il semble qu'il y ait une véritable rupture entre le début de l'aventure et ce qui suit 22. Mais si nous considérons que l'aède s'est trouvé amené à mettre en lumière l'union entre deux signes zodiacaux, tout redevient naturel. La source, la forêt, la jeune fille, sont des éléments féminins, lunaires, qui s'enchaînent mythologiquement. Le nom même de la source redouble ce caractère: le rapports entre Artémis et l'Ourse sont notoires. Un pied déjà dans le Lion, Ulysse a encore l'autre dans le Cancer. Ce qui n'a plus lieu matériellement dans le déroulement de l'histoire proprement dite (Ulysse n'est plus du tout chez Eole) est par contre flagrant dans le domaine symbolique où, grâce à la dialectique Artémis-Apollon, des éléments lunaires peuvent persister dans un cadre dévolu à la domination du soleil.
Cette situation ambiguë est de plus soulignée par la description du mouillage où s'ancre la flotte: un véritable fjord, profond, entre deux falaises à pic, sans houle, un refuge idéal, en somme. Une fois de plus, la troisième, nous avons affaire à un regressus ad uterum. Après la grotte du Cyclope, l'accueil d'Eole, voici enfin la tranquillité retrouvée dans ce goulet aquatique. A cette différence près -- mais elle est de taille -- que cette fois Ulysse seul avec son bateau reste en dehors. Aucune explication ne nous est fournie de l'étrange attitude du chef d'escadre. A nous de comprendre que, à l'issue du premier Quaternaire (Feu, Terre, Air, Eau), Ulysse a progressé dans la connaissance, et que maintenant il ne cède plus à la tentation du refuge, du retour à l'enfance.
Les trois Grecs se rendent donc chez Antiphatès, et aussitôt c'est à nouveau le cauchemar. Ils tombent d'abord sur la femme du roi, gigantesque, dont la vue les atterre (traduction Bérard de « κατὰ δ᾿ ἔστυγον αυ̉τήν » v.113), et celle-ci se hâte d'appeler son mari qui commence par broyer un des marins et le manger. N'esquivons pas la difficulté: pourquoi dans un pays aussi guerrier, aussi mâle, les Grecs rencontrent-ils d'abord la fille, puis la mère? A mon avis parce qu'Homère insiste sur le couple Artémis-Apollon. Mais il ne s'agit plus de l'Artémis lunaire, de la Dame du signe somme toute bienfaisante, qui nous avait été présentée dans l'épisode précédent. C'est maintenant l'Artémis sauvage, l'Ourse, la sœur de l'Apollon « follement orgueilleux », « violent et cruel », « maître des lions » 23. La persistance de la présence d'Artémis justifiait l'inclusion des deux stations (Eole et les Lestrygons) dans un "chapitre" unique.
Il nous faut cependant être attentifs à la progression:
Le mouillage dans le fjord apparemment protecteur participait encore des valeurs spécifiquement lunaires; la rencontre avec la jeune fille introduit déjà l'aspect "ourse", bête sauvage redoutable; la femme d'Antiphatès enfin, qui ne diffère en rien de son époux, s'efface vite pour lui laisser la place ainsi qu'à sa bande de Lestrygons.
Nous avons maintenant pénétré complètement dans le signe du Lion, et ses caractéristiques vont s'affirmer avec la plus grande violence. Les Lestrygons écrasent les vaisseaux du haut des falaises à coup de blocs rocheux; ils harponnent les marins comme des poissons et les emportent pour les manger. C'est la furie du signe qui se déploie dans son égoïsme, dans l'affirmation de sa puissance physique, dans son cannibalisme.
Une autre valeur du signe est mise en relief par l'attitude d'Ulysse: la maîtrise des circonstances. Sa présence d'esprit, son sang-froid, lui permettent, à lui qui n'est pas entré dans le goulet rassurant, de couper les amarres et de se dégager à temps : ce sont là des valeurs propres à l'homme d'action capable de faire face à une situation délicate, des valeurs qui désignent l'homme mûr. Finis les enfantillages devant la grotte de Polyphème ou le retour en larmes chez Eole. Ulysse a définitivement gagné la maturité.
1 Victor BERARD, Introduction à l'Odyssée, Paris, « Les Belles Lettres », 3 volumes, 1925, 2ème éd. 1933. N.B. Bérard a soigneusement établi à travers la Méditerranée l'itinéraire géographique qu'aurait suivi Ulysse. D'autres équivalences ont également été proposées. Mon intention n'est en aucune manière d'y substituer l'analogie zodiacale, cela va de soi. On sait que les mythes se prêtent à de multiples interprétations. Retour
2 Rappelons que le zodiaque est la représentation d'une portion de la sphère céleste dont la Terre est conventionnellement le centre. Il est constitué d'une bande circulaire divisée, de temps immémorial, en douze sections, les douze signes du zodiaque, sur laquelle tournent, à des vitesses variables, les planètes du système solaire. Le soleil lui-même en parcourt la ligne médiane, l'écliptique, en un an. Le départ de sa course est fixé au degré zéro de la roue, à son entrée dans le signe de Bélier. Retour
3 Ce fait ne saurait toutefois, à lui seul, prouver quoi que ce soit ; le nombre douze est fréquemment un nombre sacré pour des raisons qui ne sont pas toujours astrologiques. Retour
4 Le séjour de Circé est caractérisé par l'abondance qui y règne, évoqué à mainte reprise dans le poème. Bien qu'Hésiode comme Homère la disent fille du soleil (Théogonie, 957 & 1012 et Odyssée, X, 138-9), d'autres traditions la donnent pour fille d'Hécate – celle-ci d'abord fortement connotée à la notion de prospérité -- ce qui l'introduit dans la chaîne Artémis-lune-fertilité (Cf. P. GRIMAL, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, P.U.F., 1969, pp. 94 & 176) ; au point que Robert GRAVES (Les Mythes Grecs, 1958, Paris, Fayard, 1967) estime que « Circé [est un] autre nom de la déesse Lune » (p. 244). Retour
5 Je ne prétends pas qu'il était dans les intentions d'Homère de fonder son poème sur une structure astrologique (je ne prétends pas le contraire non plus). Je constate seulement, une fois de plus, que tout se passe comme si la puissance des mythes était telle qu'elle inspira le conteur, fût-ce à son insu (Cf. LEVY-STRAUSS « Les mythes se pensent d'eux-mêmes »). Retour
6 Gilbert DURAND pourrait presque dire qu'on tient là le schéma d'une imagination qui tend à être diaïrétique, faisant du masculin le monde clair et dur, du féminin le monde obscur, magique, lieur, amoral. Cf. Les Structures anthropologiques de l'imaginaire, Paris, Bordas, 1969. Toutefois, Artémis apparaissant dans le Lion, féminine dans un signe masculin, Eole masculin dans un signe féminin, les Sirènes féminines, proposant une tentation intellectuelle donc masculine dans un signe masculin, nous empêchent de considérer l'imaginaire homérique comme totalement diaïrétique. Retour
7 Il n'est pas sans intérêt de rappeler qu'Ino fait ici office de vicaire de Zeus par qui elle avait été divinisée (Cf. GRAVES, p.186). L'événement relaté dans ce dernier épisode des Voyages correspond exactement à la vision astrologique selon laquelle Neptune est venu partager avec Jupiter le trône des Poissons lorsque Le Verrier eût découvert la planète en 1846. Il est frappant, en effet, que Poséidon, qui ne pouvait ignorer le dommage subi aux mains d'Ulysse par son fils Polyphème, lequel réclamait vengeance, ait été, tout au long du parcours, opportunément retenu par le poète aux confins d'une improbable Afrique, pour ne songer à en revenir ... que dans le signe final des Poissons. Le lecteur du poème aura remarqué que toutes les mentions du dieu dans les onze premiers épisodes sont axées sur sa valeur chtonienne et le désignent comme l'ébranleur du sol (« ἐνοσίχθων ») [ou aussi le maître de la terre (« γαιήοχος », I.68), peut-être par dérision si l'on songe au nombre de villes que le sort a refusé de lui attribuer (voir GRAVES et GRIMAL, s.v. « Poseidon »)]. Le surnom terrien lui reste certes accolé tandis qu'il exerce enfin sa violence maritime dans l'épisode destiné à entériner son importance ; mais il prend le relais, en rassemblant les nues à son tour (« σύναγεν νεφέλας », V, 291) et en maniant les vents contraires, de ce qui avait été jusqu'alors (Voir plus haut, p.4) la prérogative du seul Zeus, l'assembleur des nues (« νεφεληγερέτα Ζεὺς », IX, 68). Tout se passe comme si, alors que Zeus était à l'époque homérique le seul maître du signe des Poissons, le poète avait eu le pressentiment de la royauté future de Poséidon, en lui accordant d'ores et déjà non seulement de faire peser sa puissance sur Ulysse mais encore en assimilant, en quelque sorte, le dernier acte du récit à une joute entre les deux frères divins disposant d'armes égales. Retour
8 BERARD y accorde du crédit. Cf. L'Odyssée, « Poésie homérique », Paris, « Les Belles lettres », 1924, 3 volumes, 1968 ; Tome I, Préface, p. XVII.
N.B. Il n'aura pas échappé au lecteur que toutes les citations en français du texte homérique sont extraites de cette édition. Retour
9 Ce qu'a admirablement senti Alfred TENNYSON dans The Lotos-Eaters. Retour
10 C'est là une notion qui perdurera jusqu'à notre époque. Cf. Luis BUNUEL, Archibald de la Cruz. Retour
11 Gabriel GERMAIN, Genèse de l'Odyssée : Le Fantastique et le Sacré, Paris, P.U.F., 1954, pp.86-114. Retour
12 Les Travaux et les Jours, v.133 sqq. Retour
13 Il faut d'ailleurs, pour accéder à la maturité, triompher à mains nues par l'intelligence et l'esprit de décision, non grâce à un apport extérieur. Retour
14 voir note 7. Poséidon avait effectivement reçu la mer en partage, comme Zeus le ciel et Hadès les enfers, mais les Voyages d'Ulysse ne font guère état de sa souveraineté maritime avant le dernier épisode. Retour
15 Cf. Gilbert DURAND, op. cit. et ses analyses de l'imagination nocturne. Retour
16 Cf. (entre autres) A. H. KRAPPE, la Genèse des mythes, Paris, Payot, 1952, pour qui le bélier d'or de la légende des Argonautes est « clairement » l'une des incarnations du soleil, p.87. Retour
17 C'est pourquoi je ne saurais me rallier à l'interprétation de A.B. COOK (Zeus : A Study in ancient Religion Cambridge UP, 1914) qui voit dans l'œil rond du Cyclope un symbole solaire. Il me semble que Bérard a vu beaucoup plus juste en le considérant comme un cratère de volcan, lieu de communication avec les ténèbres inférieures, une sorte d'anti-soleil.
Il serait possible dans cette voie d'envisager le symbolisme sexuel de l'œil doublet de la caverne ; le caractère phallique du pieu servant, non à une hiérogamie, mais à une destruction sanglante ; le pieu solaire rend inoffensif les maléfices du vagin en le domestiquant, c. à d. en le violant. Les cas de viols de prêtresses symbolisant la substitution d'un culte masculin à un culte féminin sont nombreux en Grèce. Et pour une imagination diurne prononcée, Durand a bien montré l'isomorphisme femme/ténèbres.
On peut aussi voir dans l'oeil unique du Cyclope le signe qu'il n'a qu'à demi accédé à la lumière. Ulysse par son acte le rejette définitivement dans les ténèbres auxquelles il appartient, accentuant ainsi l'attitude diaïrétique. Retour
18 Mircea ELIADE, Traité d'Histoire des Religions, 1964, Paris, Payot, 1968, pp. 146-150. Retour
19 FRANKFORT, La Royauté et les Dieux, rappelle qu'à l'époque assyrienne (mais la tradition devait être bien antérieure) « le nombre 6 appartenait à Adad », et il ajoute : « puisque Adad, dieu de la foudre et de l'orage, pouvait déchaîner des forces de destruction, le roi devait réciter ces jours-là une liturgie de contrition. » (p. 340). Retour
20 GERMAIN rappelle par ailleurs que Jour et Nuit ont été d'abord sentis comme des êtres, et il cite des textes pseudo-hésiodiques et parménidiens qui mentionnent les chemins pris par ces deux êtres mythiques qui se croisent comme des bergers homériques (p.520 sqq.). Retour
21 Un passage de GERMAIN vient appuyer ma thèse. Il rapproche les Lestrygons des Hommes-Scorpions de l'épopée de Gilgamesh et remarque que ceux-ci sont les gardiens du "Soleil à son lever et à son coucher". Il ajoute: "Ces Hommes-Scorpions se tiennent donc, gigantesques, effroyables et destructeurs, en un lieu où ‘les chemins du jour et de la nuit sont proches' puisqu'ils veillent au seuil de la demeure imprécise d'où la lumière sort et où elle rentre. […] Les Lestrygons nous semblent occuper le même quartier de l'espace. Leur cité porte le nom de Télépyle, de la Porte lointaine, appellation gratuite dans l'Odyssée, tout à fait possible au contraire dès que l'on y suppose un souvenir des Portes Solaires" (p.415). L'astrologie donne pleine valeur à ces remarques: Avant le déchaînement des Lestrygons Ulysse est sur cette frange ambiguë et strictement mythique où se situe la frontière entre les deux signes du Jour et de la Nuit. Retour
22 GERMAIN estime que c'est là un schéma fréquent dans les contes d'ogres (p. 414) – ce qui ne peut que généraliser la portée de mon argumentation. Retour
23 L. SECHAN - P. LEVEQUE, Les Grandes Divinités de la Grèce, Paris, E. de Boccard, 1966, pp. 203-206. Retour
NDLE. — Certains lecteurs m'ont déjà objecté que l'astrologie n'a aucun fondement prouvé. Ce serait presque une insulte à Homère et aux Etudes grecques que de les associer à ce « paquet de fantaisies ». J'ai entendu dire aussi que le Christ n'a jamais existé, que ce n'est pas Shakespeare qui a écrit les pièces de théâtre, etc., etc.
Point n'est ici le lieu de discuter toutes ces affirmations négatives. On se rappelle la brillante démonstration de Roger Caillois supposant que Jésus n'a jamais été crucifié – ce qui, concluait-il, a eu pour conséquence logique que notre civilisation n'a pas pu se constituer. Je me contenterai donc de constater que, quelle que soit la réalité ou l'irréalité des origines, l'astrologie a bel et bien fonctionné comme modèle dans nombre de productions de l'imaginaire et de l'intellect humain, de même que les preuves tangibles de l'existence de la civilisation chrétienne ne sauraient être niées, et que les pièces de Shakespeare ont été jouées des millions de fois. Se soucie-t-on du fondement historique des mythes agréés, illustrés, ou réemployés en tant que tels ?
N.K.
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